La vie bien remplie d’Ugo Bertani
Vous avez sans doute croisé sa silhouette encore altière dans les rues du bourg où il fait sa rituelle promenade quotidienne et, si le déambulateur montre que l’équilibre est moins assuré, on ne peut qu’être étonné quand on sait que Ugo Bertani a fêté son 100 ème anniversaire en décembre dernier ! Mais, pour de nombreux Ballanais, ce nom rappelle d’autres images…
Une jeunesse difficile
Le long parcours d’Ugo Bertani débute le 10 décembre 1921 lorsqu’il voit le jour à Montecavolo, dans le centre de l’Italie. Aîné de quatre enfants, il n’a que 6 ans lorsque son père succombe à une broncho-pneumonie brutale : Ugo acquiert donc très jeune le sens des responsabilités. Il est aussi très tôt attiré par la mécanique et, tout naturellement, à 14 ans, Certificat en poche, il s’expatrie à Milan. C’est là qu’il aurait sans doute poursuivi sa carrière si le service militaire d’abord puis la Seconde Guerre mondiale n’avaient bouleversé sa vie. Il termine les combats sur l’île de Rhodes fin 1943 où il est fait prisonnier et envoyé en camp de travail forcé en Allemagne. Il s’en évade, regagne à pied sa région natale et peut ainsi se joindre aux partisans qui la libèrent le 25 avril 1945. Après la guerre, l’Italie est exsangue et l’arrivée de la mafia napolitaine laisse peu de perspectives. Aussi, en 1946, avec dix autres personnes, dont son frère Livio, il décide d’émigrer vers la France. À son arrivée, il est d’abord embauché à Sens dans une usine sidérurgique, puis retrouve la mécanique à Joigny. Entre-temps, il a rencontré son épouse Jacqueline qui lui a enseigné quelques bases de Français. Ils choisissent Ballan-Miré pour se poser.
Une vie de labeur
Pendant presque trente années, de 1959 à 1987, Ugo secondé par son épouse a assuré un service de dépannage automobile pratiquement continu au garage de « Tournebride », Boulevard du général de Gaulle. Pourtant, les débuts ont été difficiles pour le jeune couple qui a repris un établissement jadis prospère, mais vidé de tout matériel, envahi par la vigne après seulement deux années de gérance.
Ayant un sens aigu du service, il redresse rapidement la situation. Ugo n’hésitait pas à assurer les dépannages de nuit comme de jour, dimanches et fêtes, avec pour seules vacances le jour du 15 août où, racontait Mme Bertani, « on partait à 4 h du matin pour aller jusqu’à Cancale et revenir le soir vers 23 heures ». Les gendarmes, qui savaient bien que le garage et ses pompes étaient toujours ouverts, n’hésitaient pas à le signaler aux automobilistes en panne.
Après tant d’années où les journées de travail, allant parfois jusqu’à 18 heures, s’enchaînaient sept jours sur sept, le moment de la retraite est un crève-cœur pour Ugo qui a toujours eu le plus grand respect pour ses clients qui le lui rendaient bien.
Une dernière étape toujours active
À sa retraite, Ugo s’est épanoui dans son jardin. « Les journées étaient, à nouveau, longues, raconte-t-il, alors que rien ni personne ne m’y contraignait, seulement le besoin de devoir achever un travail initié. Mais, au fil du temps, le poids des années s’est fait sentir. J’avais du mal à maintenir la même activité. Pourtant, je ne renonçais pas, je n’ai jamais renoncé ma vie durant.
Il aura fallu un malaise cardiaque pour que tout change. J’avais 98 ans, Jacqueline m’avait quitté depuis 11 ans. Vivre son absence avait été difficile. Cette attaque m’a décidé, en accord avec mes enfants, à entrer à l’Ehpad de Beaune en octobre 2020. C’est ma troisième tranche de vie. Pour être honnête, ma maison, mon jardin, mon bricolage me manquaient, mais il ne faut jamais regarder en arrière, il faut bâtir avec le présent.
Ma maison me manque toujours, j’y reviens assez régulièrement ; lorsque j’y retourne, je retrouve pour un moment le plaisir de jardiner, comme autrefois, mais plus lentement, plus difficilement.
À l’Ehpad, j’ai trouvé tranquillité, sérénité et aussi gentillesse. En décembre 2021, j’y ai fêté mes 100 ans entouré de mes enfants et du personnel chaleureux. Cette année, j’ai pu planter des géraniums et six pieds de tomates dans le petit jardin de De Beaune, pour le plaisir de tous et mon plaisir de jardinier de voir pousser, croitre … la vie. »
